Association Nationale des Anciens Combattants

et Ami(e)s de la Résistance


Comité de Morestel & Nord Isère

Amicale des Maquisards d’Ambléon et des Résistants Actifs (A.M.A.R.A.)

Historique


La « Relève »

La "Relève", qui s'inscrit dans la politique de relance de la collaboration de Pierre Laval, est annoncée dans son discours du 22 juin 1942. C'est une réponse à la volonté de Fritz Saückel, "plénipotentiaire général de la main d'œuvre" du Reich, de réquisitionner 250.000 ouvriers français pour l'Allemagne.

Les discussions aboutissent au marchandage suivant : pas de réquisition obligatoire mais un départ volontaire de travailleurs français en échange de la libération de prisonniers de guerre détenus en Allemagne.

Le gouvernement français s'engage à conduire les opérations et à vanter les mérites de la Relève, qui prévoit le retour d'un prisonnier de guerre pour le départ de trois ouvriers spécialisés. D'où l'expression de "Relève" : en partant, les ouvriers, soumis à un véritable chantage, permettent la relève de paysans majoritaires chez les prisonniers. Pour le régime de Vichy, l'échec est cuisant : seulement 40.000 départs (dont 13.000 ouvriers spécialisés), d'où, dès le 4 septembre 1942, une loi qui autorise l'envoi forcé, puis, le 16 février 1943, la loi qui instaure le Service du Travail Obligatoire (S.T.O) en Allemagne.

La lutte contre le travail en Allemagne transformera le cours de la Résistance.


Le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.)

S'il est un événement décisif dans l'histoire de la Résistance, c'est bien la création du Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) en Allemagne. Il est immédiatement perçu comme tel, où plus rien ne sera comme avant : il déstabilise les organisations de Résistance, transforme profondément leurs relations avec la population et ouvre des perspectives d'actions nouvelles.

L'annonce de la Relève, le 22 juin 1942, avait déjà choqué les Français, et la loi du 4 septembre qui prévoyait l'envoi forcé des hommes de vingt et un à trente cinq ans qui servit de base juridique à la première opération Saückel, somme toute réussie, avait suscité une forte émotion, d'où les grèves d'octobre. Tout cela n'est rien face à l'émoi suscité par la loi du 16 février 1943 : Vichy astreint au travail obligatoire les jeunes Français par tranche d'âge successives. Convocations et rafles se succèdent. C'est un choc.

L'instauration du S.T.O. génère immédiatement un sentiment d'urgence. Les Résistants sont d'abord sollicités par les jeunes et leurs familles, pris de panique devant ce qui est d'emblée qualifié de "déportation" des travailleurs français. Jusqu'alors la Résistance s'adressait aux Français au nom du passé, l'honneur de la France, la défense de la République, elle entretenait l'espoir d'une victoire future, elle ne menait que des actions à l'efficacité problématique quand elles n'attiraient pas une douloureuse répression. Avec la lutte contre le S.T.O. résister se conjugue au présent : les victimes sont là, les jeunes Français menacés d'être arrachés à leur famille pour aller travailler en territoire ennemi, dans des usines bombardées par les Alliés. Avec la lutte contre le S.T.O., la Résistance apporte, pour secourir les victimes, des solutions à l'efficacité évidente : faux papiers, filières, planques maquis … Elle fait plus : même pour ceux qui ne croient plus guère en Vichy, la désobéissance aux lois, les recherches des policiers et le statut de hors-la-loi ne sont normalement pas faciles à accepter ; ce que la Résistance leur offre de plus précieux, c'est l'établissement d'une nouvelle légitimité. Elle, France libre et Résistance intérieure perçues comme une même entité, incarne l'instance supérieure fondée à dire où est le bien et où est le mal. La proposition est réversible : dans les quelques mois qui suivent le S.T.O., la Résistance gagne sa légitimité auprès de la masse des Français.

Ce qui ne signifie pas que toute action de la Résistance sera approuvée, mais que ce qu'elle incarne est juste et que son existence est utile à la France. Vichy ne se remettra jamais de cet état de fait. Le ton de la presse clandestine ne trompe pas : elle ne se contente plus d'appeler à l'action, désormais, au nom de la patrie, elle ordonne et elle menace.

Tout ce qui précède se rapporte aux perceptions des Français, connues par les rapports des services de police, français et allemand, par la censure du contrôle postal ou par les journaux personnels. Il faut aussi appréhender la réalité d'un autre point de vue. Tous ceux qui refusent de partir en Allemagne ne le font pas uniquement pour des motifs patriotiques ; quand la circulaire du 8 octobre 1943 permet aux réfractaires de régulariser leur situation par l'embauche dans une entreprise travaillant pour l'Allemagne, un très grand nombre opte pour cette solution : non au travail en Allemagne, mais oui au travail pour l'Allemagne en France, formule qui mériterait quelques nuances. Tous les réfractaires n'ont pas reçu le secours de la Résistance, car beaucoup trouvèrent des solutions personnelles, se faisant héberger par des parents ou des amis. Il n'empêche que, dans la représentation collective, chaque Français qui ne part pas en Allemagne est une victoire de la Résistance. Ce qui ne cessent de répéter sa presse clandestine, dont les tirages deviennent alors considérables, la radio de Londres mais aussi la propagande de Vichy ou des Allemands qui, dans les réfractaires, dénoncent de mauvais Français complices des judéo-bolcheviques. Observons que le refus purement égoïste du travail en Allemagne, se parant des atouts du patriotisme, atteste, par là même, de cette nouvelle légitimité, conquise par la Résistance et revendiquée par tous ceux qui désobéissent à Vichy et aux occupants.

Le S.T.O. marque aussi un tournant décisif dans l'histoire des organisations de la Résistance qui se reconstruit autrement, avec ses nouveaux services (Comité d'action contre la déportation, service Maquis), et adopte un nouveau mode de fonctionnement. La reprise en main territoriale, régionale et départementale, qui réunit, au lieu de les séparer, le militaire et le politique, en donnant la prééminence à ce dernier. Pour lutter contre le S.T.O., il faut en effet non pas s'isoler et se préserver pour l'avenir, mais renforcer les liens avec la population, développer la propagande, trouver des caches, des faux papiers, des complicités, encadrer les réfractaires et bientôt organiser les maquis.

Le Maquis est consubstantiel au S.T.O.: c'est la montée spontanée dans les montagnes de jeunes réfractaires fuyant la réquisition. Les chefs locaux de la Résistance les découvrent et doivent répondre à cette nouvelle situation. Un choix s'impose : les intégrer. Très vite, les chefs de la Résistance intérieure comprennent qu'une nouvelle ère commence.

Sources: Dictionnaire Historique de la Résistance - Éditions: Robert Laffont

Quelques dates à retenir :

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Dernière mise à jour le 13 juin 2017-08:48:53

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La « Relève » et le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.)